Leaders Pour la Paix

 

Jean-Pierre Raffarin : «La paix n'est pas un miracle qui tombe du ciel»

·         Par   Marion Mourgue  

·         Publié le 20/02/2019 à 18:22

INTERVIEW - L'ONG qu'il préside propose une nouvelle dynamique face à la crise du multilatéralisme. Elle remettra en mai un prix récompensant une initiative pédagogique.

L'ancien premier ministre est le président de Leaders pour la paix, une ONG réunissant des leaders internationaux. Son objectif est d'alerter l'opinion publique et les décideurs politiques. Il s'inquiète notamment de la « banalisation mondiale de la violence ».

LE FIGARO. - Aviez-vous été mis dans la confidence du départ d'Alain Juppé de Bordeaux, la semaine dernière, pour entrer au Conseil constitutionnel ?

Jean-Pierre RAFFARIN. - Je l'ai appris comme tous les Français. Je respecte sa décision. Il manquera à notre vie politique et j'en suis triste. J'avais moi-même refusé, il y a trois ans, cette proposition pour garder ma liberté d'initiative et d'expression.

Alain Juppé a justifié son envie de quitter la vie politique par le « climat délétère » présent dans le débat public. Vous le comprenez ?

Je comprends que la lassitude est grande chez les élus. Néanmoins, Alain ne baisse pas les bras, son engagement sera différent mais toujours utile à la France.

Avec Alain Juppé, vous deviez faire part de votre choix pour les européennes, notamment un possible soutien à la liste LREM. Où en êtes-vous de votre réflexion ?

Avec Alain Juppé, nous avions proposé pour l'Europe une éthique de responsabilité et de confiance. Je poursuivrai dans cette voie. J'attends cependant les principales options du président quant au projet, à la liste et aux alliances.

La France connaît une très forte recrudescence des actes antisémites. Quelle est votre réaction ?

Nous vivons une pandémie de violence. Je souhaite un rejet populaire radical et permanent de cette violence, de l'antisémitisme et du racisme. Une manifestation, aussi réussie soit-elle, ne suffira pas. Le désaccord est devenu une négation de l'autre ; le bien commun est envisagé comme une somme d'intérêts individuels. La situation de la France n'a malheureusement rien d'exceptionnel. La violence et la guerre sont des jumelles qui s'autolégitiment. La banalisation mondiale de la violence est une tragique dérive. Partout on prépare la guerre !

Le « climat délétère » dans le débat public est national, européen et mondial. Comment réussissez-vous avec votre fondation à faire entendre une autre voix ?

Il y a beaucoup moins d'écoles de paix que d'écoles de guerre. La paix n'est pas un miracle qui tombe du ciel, elle naît par un travail puissant et constant. L'objectif des trente hautes personnalités internationales de Leaders pour la paix est de participer concrètement à ce nécessaire « travail de paix ».

Un an après le lancement de votre ONG Leaders pour la paix, quelles sont les initiatives mises en œuvre concrètement ?

Nous avons quatre initiatives principales : un rapport annuel rédigé par l'ambassadeur Pierre Vimont. Le rapport 2019, qui sera présenté à Paris les 13 et 14 mai prochain, portera principalement sur la crise du multilatéralisme. Nous proposerons une nouvelle dynamique du dialogue des nations. Le cas de la sécurité dans l'est de l'Europe sera particulièrement approfondi. Une fois adopté, ce rapport sera remis aux différents chefs d'État concernés.

Deuxièmement, nous développons une université itinérante de la paix (UIP) pour promouvoir notre travail pédagogique, notamment auprès des jeunes et des étudiants. Notre prochaine UIP aura lieu mi-mars en Côte d'Ivoire.

Troisièmement, dans les zones à risques, nous programmons des « Peace Lab ». L'idée est d'organiser par ateliers des échanges entre leaders, experts et société civile sur les conditions de la paix et de formuler des propositions. C'est ce que nous ferons prochainement en Égypte, à la frontière tuniso-libyenne, en Côte d'Ivoire et sans doute au Mexique.

Enfin, nous lançons le 13 mai, un prix international pour « l'esprit de paix » dans la petite enfance, le Smart Peace Prize. Notre objectif est de récompenser des initiatives pédagogiques innovantes d'éducation à la paix et de prévention des comportements violents dans les structures de la petite enfance. Car la conscience de la brutalité doit se faire très tôt. Nous réfléchissons aussi à promouvoir la création de jeux vidéo pacifiques.

Comment parvenir à stopper l'escalade de la violence à l'échelle internationale ?

Les risques sont grands car les nations poussent à l'excès les instincts nationalistes. On a souvent vu des guerres démarrer par des étincelles de bêtise. Ce qui est très dangereux, c'est qu'on accumule les poches de violence. Mais une fois qu'elles sont accumulées, le risque c'est qu'on y mette le feu. La vraie lutte pour la paix est d'apaiser le climat de tensions dans les nations et entre les nations. C'est pour cela que le dialogue et la pédagogie sont les bons chemins et que le multilatéralisme devient plus nécessaire que jamais. La stratégie américaine du retour au bilatéralisme, c'est-à-dire au rapport de force entre nations, ajoutée à des crispations nationales comme l'affaire du mur avec le Mexique, a un effet accélérateur entre la violence nationale, la brutalité des discours politiques et les tensions internationales. Le tweet politique est un poison pour la diplomatie.

Pourtant, il y a peu de « pompiers » au plan mondial ?

C'est pour cette raison que j'ai rassemblé des anciens premiers ministres, ministres des Affaires étrangères, Prix Nobel… Nous mettons notre expérience, en lien direct avec l'ONU, au service d'une pratique concrète du multilatéralisme. On accuse les organisations internationales d'impuissance. Ce qui conduit, par exemple, les États-Unis à se retirer de l'Unesco. Ce n'est pas la bonne méthode. Le monde a changé depuis leur création. Demain, l'Asie, la Chine et l'Afrique joueront les premiers rôles, nous devons adapter nos règles et nos structures. La réforme du Conseil de sécurité de l'ONU et celle de l'OMS sont deux priorités. Le manque de reconnaissance est une source majeure de conflits. Les deux seules bonnes nouvelles pour la paix, aujourd'hui, sont les progrès de la conscience environnementale mondiale et l'engagement des femmes.

La France et l'Europe ne se retrouvent-elles pas de plus en plus isolées dans ce contexte ?

La France doit affronter à l'intérieur comme à l'extérieur de multiples tentatives de déconstruction de l'Europe. Néanmoins, les relations de la France avec les États-Unis, la Chine, la Russie et l'Afrique nous mettent en situation d'être un interlocuteur acceptable et accepté. Mais il ne faut pas compter sur le monde pour défendre les intérêts de l'Europe et assurer son avenir. Le monde ne fait pas de l'Europe une nécessité. Seuls les Européens peuvent éviter que le monde nous chasse de l'histoire. Je reste donc un pessimiste actif.

 

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